Cantique pour la France en état d’urgence

Je vais fermer le livre des Visages

Pour mieux entendre les voix amies

Voix du passé voix du présent

Couvertes par les sirènes de police

Le moteur des hélicoptères

Le hurlement des marchands de peur

Les insultes hystériques et les envies de sang

La rumeur grandissante des monstres qui se rassemblent.

Dès que la peur hante les rues,

Les loups s’en viennent la nuit venue.

 

Je vais penser à ma terreur,

Je vais la regarder bien en face,

Comme Kirikou regarde la sorcière Karaba,

Je vais la caresser, la bercer contre moi,

Je vais bien m’occuper d’elle,

Je ne laisserai personne d’autre que moi l’entretenir,

Puis je lui dirai d’aller se rendormir,

Car je ne veux pas que les loups reviennent.

 

Dans l’appartement du dessus, rue Molière, la voisine écoute en boucle le Requiem de Mozart. Je connais cet air car tous les ans, les profs de musique nous font regarder le film Amadeus.

J’ai 7 ans, je partage ma chambre avec les fantômes de ma grand-mère et de mon arrière-grand-mère, cachées dans Paris pour échapper aux loups.

 

Je vais écouter de la rumba congolaise,

Des airs entendus autrefois Porte de Bagnolet, j’ai 25 ans.

Dans une famille aux ancêtres fier-e-s nés sur un autre continent,

Nous formons un cercle au milieu duquel grands et petits dansent tour à tour.

Je suis trop timide pour y aller mais je tape dans mes mains,

Reconnaissante d’être accueillie,

Et savourant mon verre de tangawis,

Jus de gingembre âcre et sucré.

 

Je vais profiter de l’absence des enfants pour ranger la maison.

Je vais trouver des coloriages de la reine des Neiges,

Et la petite infante de Velasquez envoyée d’Espagne par mon père.

Des chaussons de bébé portés par mon fils il y a à peine un mois,

Quand ses pieds étaient plus petits qu’un smartphone,

Petits comme un pot de yaourt ;

Une minuscule toupie en plastique,

Une baguette magique remplie d’étoiles,

Trois figurines des schtroumpfs oubliées sur une étagère.

Mon téléphone vibrera.

Sur l’écran je verrai,

Le visage de ma fille, sérieuse comme Hannah Arendt,

En train d’apprendre à nager dans l’azur de la Méditerranée,

Pas loin de Nice.

Je chasserai de mon esprit le souvenir d’une plage ensanglantée en Tunisie.

Je me rappellerai que la monitrice de natation,

Une blonde Bretonne à la voix douce,

Au lendemain de l’attaque du camion,

Disait à un ami,

Qu’elle ne voyait pas quoi faire,

Sinon profiter de la vie, à chaque instant.

 

Si j’ouvre le livre des Visages,

Je risque de voir des images tristes

Au milieu des photos de vacances postées par les amis.

J’ai peur de revoir l’image

D’un bébé écrasé par un camion.

 

J’irai prendre un verre avec une amie de 23 ans qui travaille dans un bar pendant l’été.

Une jeune femme gaie et généreuse,

Qui étudie à Sciences Po,

Qui s’intéresse à l’économie sociale et solidaire,

Qui, en sortant du métro,

Regarde si elle ne peut pas donner son ticket,

A quelqu’un qui

N’a pas les moyens d’en acheter un.

Elle me dira

Qu’il y a moins de touristes étrangers cette année.

Nous écouterons la chanteuse brésilienne et l’orchestre de jazz.

Elle me dira

Que tous ses amis pensent

A quitter la France,

Et son climat nauséabond.

Elle me dira sans ciller,

Que les gens ont les gouvernements qu’ils méritent.

En rentrant chez moi

Je me rappellerai ces paroles, perplexe.

Je me demanderai si elle pense vraiment cela.

Je me dirai que j’aurais dû l’interroger sur ce qu’elle voulait dire.

Les Syriens ont-ils le gouvernement qu’ils méritent ?

Ou bien alors,

Voulait-elle dire

Que les gens qui vivent dans une démocratie ont le gouvernement qu’ils méritent ?

Oui mais alors,

Est-ce que cela veut dire,

Que les gens qui ne vivent pas dans des démocraties méritent de ne pas vivre dans des démocraties ?

Et aussi,

N’est-ce pas avec cette phrase en tête,

Qu’on va un jour,

Louer un camion,

Pour

Aller rouler

Sur des gens

Qui ont le gouvernement qu’ils méritent ?

 

Je me dirai,

Que par les temps qui courent,

Il vaudrait peut-être mieux dire,

Les gens ont le gouvernement qu’ils schtroumpfent

Ou plutôt

Les gens ont le schtroumpf qu’ils méritent.

 

Je me demanderai comment font les gens pour s’informer correctement.

Je penserai à cette chaîne de télévision très regardée,

Qui a rapporté aux informations,

Qu’un homme,

Musulman,

Avait poignardé une femme et ses trois filles sur une plage,

En raison de leur tenue indécente.

Je me demanderai ce que cette histoire a provoqué dans la tête des gens qui n’ont pas eu l’idée d’écrire à Daniel Schneidermann pour la vérifier et apprendre qu’elle était fausse.

Je me demanderai si la monitrice de natation a regardé le journal télévisé ce jour-là.

Je sentirai la peur remonter.

 

Je penserai à cette autre photo partagée par un ami,

Aperçue entre plusieurs photos de vacances,

Une photo en noir et blanc,

Une femme nue,

Attachée,

Une femme arabe,

Autour d’elle deux soldats posant comme devant un trophée.

Et un titre sous la photo,

« Barbarie, disent-ils. »

Un titre qui suggère,

Que pour certaines personnes,

Peut-être pour mon ami,

Il est important aujourd’hui,

De rappeler que des soldats français

Ont fait des choses terribles,

Quand ils étaient,

De l’autre côté de la mer méditerranée,

Et je lui en voudrai

D’avoir partagé cette image,

Non pas parce que

Je voudrai

L’effacer des livres d’histoire,

Mais parce que

Je me demanderai,

Quel bien peut venir aujourd’hui,

De son exhibition.

 

Je me coucherai et les cauchemars reviendront.

Cette image d’un crâne grouillant de vers qui se réveillent parce qu’une odeur de pourriture leur parvient, et qui, lentement, commencent à s’agiter.

Je penserai aux démons qui se rassemblent en ordre de bataille dans l’enfer décrit par Milton.

 

J’allumerai la lumière et je me demanderai

Comment les autres font pour penser le mal.

Je penserai,

Déconcertée,

A tous ceux qui

Semblent si sûrs de savoir

Ce qu’il faut combattre aujourd’hui.

 

Je me demanderai s’il existe une langue dans laquelle il y a un unique mot pour dire « Voici-quelque-chose-d’indiscutablement-mal-ce-qui-ne-veut-pas-dire-qu’on-ne-peut-pas-en-discuter-et-s’interroger-sur-les-origines-de-ce-mal-ni-que-tous-ceux-qui-s’opposent-à-ce-mal-sont-par-là-même -bons-ni-que-nous-pourrons-une-fois-pour-toute-établir-la-cause-ultime-de-ce-mal-aussi-simplement-que-nous-pouvons-sentir-que-c’est-mal ».

Peut-être que si ce mot existait,

Une icône correspondante serait disponible dans le livre des Visages,

Et on pourrait cliquer dessus.

Peut-être que ce mot est le mot schtroumpf.

Je me demanderai si le fait de se poser ces questions signifie que je crois en Dieu.

Je me dirai que si je croyais en Dieu, je ne me demanderais pas si je crois en Dieu.

Ou peut-être que si.

Je m’apercevrai que ma peur s’est assoupie et j’éteindrai la lumière.

 

J’écrirai une lettre à une amie franco-iranienne que je n’ai pas vue depuis longtemps.

Je ne saurai pas par où commencer.

Je lui dirai que c’est étrange, d’être seule à la maison,

Que cela ne m’est pas arrivé depuis très longtemps.

Je lui dirai que les enfants vont bien et que je lui écris par une douce soirée d’août,

Une soirée parfaite pour lire un poète qu’elle m’a fait découvrir,

Adossée à des coussins posés sur le balcon,

Un grand pan de ciel mauve derrière la balustrade,

Les nuages roses poussés par un vent d’ouest.

Je ne lui dirai pas

Que je profite de ma solitude pour fumer des cigarettes,

Car cela l’attristerait.

 

J’écouterai une jeune femme chanter,

Qu’elle va faire la fête à en crever.

Je penserai aux drogues que prennent,

Ceux qui se préparent

A aller tuer des gens sur une plage

Ou des gens qui

Font la fête.

 

Je demanderai à mon amie si elle a peur et si oui, ce qu’elle fait pour tenir sa peur à distance.

 

Je penserai à une chanson de Brassens qui passait dans une des maisons où j’ai grandi,

Mourir pour des idées, d’accord, mais de mort lente,

D’accord, mais de mort lente.

J’avais 15 ans et cette chanson me plaisait pour son charme suranné,

Sa non-actualité rassurante.

J’y entendais la rumeur lointaine de conflits dépassés,

Aussi exotiques

Que l’exemplaire de Charlie Hebdo

Laissé par mon beau-père

à côté de sa tasse de café.

Un peu plus loin sur la table,

Les makroudhs offerts par madame Hachaïchi,

La voisine tunisienne,

Pour l’Aïd.

 

Je penserai aux makhroudhs que m’a donnés le mois dernier la mère de Leïla,

Une petite fille de 4 ans,

Dans la classe de ma fille.

 

Je penserai à cette autre mère croisée à l’école,

Son grand sourire et ses yeux bienveillants,

Ses questions aimables sur mon métier d’enseignante,

Son voile, ses grosses chaussures et sa très longue robe,

Noire durant toute l’année,

Vert émeraude ou fuchsia pendant le Ramadan.

 

Je penserai à son fils Zyed,

Assis à côté de moi dans le car le jour de la visite à la ferme,

Il me disait qu’il avait vu un phoque dans le Rhône.

Je penserai que la semaine où il a récité l’alphabet en arabe devant la classe,

Ma fille a présenté à ses camarades la langue des schtroumpfs :

Les enfants avaient été invités,

A montrer leurs talents.

« Nous avons bien schtroumpfé aujourd’hui »,

M’a dit la maîtresse à la sortie de la classe.

 

Je penserai qu’Allah est schtroumpf.

Je me demanderai si c’est dangereux, d’écrire cela.

Je me demanderai s’il vaut mieux écrire Allah est Schtroumpf.

 

Je penserai au dessin de la tour Eiffel en pleurs,

Affiché un matin de novembre,

Sur la porte de la crèche où j’allais laisser mon enfant.

 

Je penserai qu’il faudrait que je finisse par lire

Cet exemplaire de Courrier International

Qui traîne depuis novembre

Pour comprendre pourquoi.

Qu’il le faudrait

Parce que je suis

Une citoyenne responsable

Qui s’informe

Qui a le gouvernement qu’elle mérite.

Et que si je ne le lis pas,

Il faudra le cacher

Pour qu’à leur retour,

Les enfants ne voient pas,

L’homme masqué de noir

Au regard méchant

Contre un fond rouge sang

Dessiné sur la couverture.

Une nouvelle fois, je me dirai,

Que je ne veux pas le lire

Que je ne veux pas consacrer mon temps de cerveau disponible

A ces abrutis.

Que peut-être,

Si je ne le lis pas,

Si je lis Elle Magazine

Ou la Tempête de Shakespeare

Ou Petit Ours Brun n’a pas sommeil

Ou A la Recherche du Temps Perdu

Peut-être que le monde dans lequel

Mon principal problème au mois d’août

Etait de savoir quels livres emporter en vacances

Peut-être que ce monde-là

Vivra un peu plus longtemps.

 

Je penserai à une amie danseuse,

Qui a vécu au Bénin,

Qui a aimé ce pays

Et qui me disait,

Qu’ils savent bien que la vérité est complexe,

Ceux qui ont plusieurs dieux.

 

Je me réveillerai et sentirai

Que le vent d’ouest souffle encore,

Faisant danser les bambous du jardin sous ma fenêtre.

Je monterai sur mon vélo et j’irai au parc,

Derrière moi le siège-enfant sera vide.

Je rentrerai par l’allée bordée de plantes aromatiques,

Je n’entendrai pas la voix de ma fille,

Maman, tu sens comme ça sent bon ?

Je ne lui répondrai pas,

« Tu veux dire,

Tu schtroumpfes comme ça schtroumpf bon ?,

Ou peut-être plutôt,

Tu sens comme ça sent schtroumpf ? »

Je passerai devant le jardin des cactus,

Entre les platanes hauts comme des cathédrales,

Devant l’enclos des girafes,

La mare aux canards,

Et je n’entendrai pas la voix de mon fils,

« Coin-coin, coin-coin, coin-coin. »

J’irai voir le gros ours brun,

Mais aucune petite voix dans mon dos ne criera,

« Coucou ! »

Quand la tête de l’ours se dressera

Hors du bassin aménagé devant la grotte,

Puis qu’il sortira une patte de l’eau,

Comme s’il cherchait son martini posé au bord de la piscine.

 

Je croiserai un groupe d’une trentaine de personnes

Les yeux rivés sur leurs téléphones.

Ce n’est qu’après les avoir dépassés en quelques coups de pédales

Que je comprendrai,

Qu’ils sont en train de jouer

à un jeu de réalité augmentée.

Un jeu qui consiste

à localiser, capturer, se battre contre

Des créatures virtuelles nommées Pokémon,

Qui apparaissent sur l’écran,

Comme si elles étaient dans l’endroit réel

Où se trouve le joueur.

 

Je me demanderai si ce jeu est un bon moyen

Pour tenir la peur à distance.

La peur que quelque part en France,

A cet instant,

Quelqu’un soit en train de se dire,

Que les gens ont le gouvernement qu’ils méritent,

Que ce gouvernement fait du mal,

Comme le prouvent,

Les photos des enfants tués de l’autre côté de la mer,

Les photos des femmes violées de l’autre côté de la mer,

Et que les gens que représente ce gouvernement,

Méritent de mourir.

 

Ou bien la peur que quelque part en France,

Devant la vraie photo d’un enfant tué de ce côté de la mer,

Et la fausse rumeur d’une femme et de ses enfants agressées pour leur tenue indécente,

Quelqu’un soit en train de se dire,

Qu’il faut écraser les Arabes

Ou les jeter dans la Seine.

 

Mon téléphone sonnera et j’entendrai la voix de ma fille,

Sur une plage près de Nice.

Elle me dira

Qu’elle a retrouvé sa copine Anastasia,

Petite exilée russe rencontrée cet été,

Compagne des leçons de natation

Et des glaces du goûter.

Je penserai au métro de Moscou

Où des panneaux invitent les voyageurs

A ne pas déprimer.

Elle me dira

Qu’elle a découvert un tunnel magique dans la mer,

Et qu’elle a revu le marchand de chapeaux ambulant,

Elle imitera le cri qu’il pousse,

Un « Ah ! » surpris et courroucé,

Quand les estivants lui disent

Qu’ils ne veulent pas lui acheter de chapeau.

Et pendant que ma fille l’imite,

Il continuera à arpenter la côte d’Azur sous une chaleur écrasante,

Dans un sens,

Puis dans l’autre,

Sa longue robe traînant dans le sable.

 

Je penserai aux femmes asiatiques,

Qui arpentent ces mêmes plages,

Et proposent aux vacanciers

De leur masser les pieds.

 

Je me dirai que peut-être

Le marchand de chapeaux et les masseuses de pieds

Parlent des langues dans lesquelles

Il existe un unique mot pour dire

« ce-n’est-pas-la-religion-qui-est-la-cause-ultime-du-problème-mais-pour-autant-la-religion-a-bien-joué-un-rôle-à-un-moment-dans-cette-histoire-et-on-n’est-pas-obligé-d’établir-exactement-dans-quelle-mesure-et-puis-dire-cela-ne-revient-pas-à-s’en-prendre-à-tous-les-adeptes-de-cette-religion »

Et que si nous connaissions ce mot

Nous éviterions quelques disputes.

 

Je me demanderai pourquoi

Des gens très intelligents

Peuvent dire d’un côté

Que certains textes des Lumières

Ont permis de justifier

La colonisation et l’esclavage

Et d’un autre côté

Qu’il ne sert à rien

De se pencher sur les discours

Lus ou entendus par ceux

Qui commettent des massacres.

 

Je me demanderai comment

Des gens qui écrivent ou qui lisent

Des pages et des pages

Pour expliquer, analyser, comprendre, raconter ce qui nous arrive,

Peuvent soutenir

Que les mots mis au monde

N’ont pas d’importance,

Que les idées sont hors-sujet.

Je me demanderai comment

On peut lundi croire

à la force des mots,

Et dire mardi que

les mots n’importent pas,

Sans perdre la boule.

 

Je me demanderai si du coup

Les gens qui perdent la boule

Ne sont pas ceux

Qui n’arrivent pas

Ou n’arrivent plus

A vivre dans cette schizophrénie ordinaire.

 

Je lirai dans le journal

Que notre président

Est parti en campagne

Pour se faire réélire.

Je me demanderai

Ce que peuvent faire des gens

A qui on demande

De choisir leur camp

Dans de telles circonstances.

 

J’écouterai Ali Farka Touré chanter,

Accompagné par la guitare de Ry Cooder

Et demander

Pourquoi

On envoie des enfants faire la guerre.

 

Je penserai à tous les mots

Que mon enfant de 18 mois

Sait déjà dire :

Coin-coin, oua-oua, meuh, mêêê, encore, ça !, chaussure, dodo, miam-miam, poum, bobo, c’est coincé, cloche, c’est chaud, c’est bon, écoute, tiens!, ballon, merci, coucou, tchou-tchou, au revoir, dessert, la mer, Non, Si, Oui.

Et la semaine dernière,

Au bac à sable du parc,

Après avoir tapé une enfant qui voulait lui prendre son ballon,

Il a dit

Pour la première fois

Pardon.

 

Je penserai, inquiète,

A ma dispute avec mon beau-frère,

Autour du repas de Noël.

Je me dirai

Que je crois comprendre son point de vue,

Sa colère de m’entendre dire

Que Noël était le jour où Jésus était né,

Traduisant ma fille,

Qui disait fêter

La naissance du schtroumpf.

Je croirai comprendre,

Son injonction de me taire

Car « on ne va pas parler de religion ce soir ! ».

Je penserai à ma propre colère,

De ne pas être autorisée à expliquer,

Qu’on peut être attaché,

A l’histoire d’un bébé réchauffé par le souffle de l’âne et du bœuf,

Parce qu’elle vous rappelle,

Les grands-parents qui vous l’ont racontée,

Le bol de soupe fumante avant la messe de minuit,

L’ennui pendant la messe et l’attente des cadeaux,

Le retour par le village, l’odeur du feu de cheminée,

La lumière de la maison dans le noir.

 

Je serai découragée

En pensant

Qu’il me faut écrire dix pages

Pour expliquer

Ce que je n’ai pas pu dire ce soir-là.

 

Je me dirai que les raisons pour lesquelles

Mon beau-frère s’est énervé

N’ont sans doute rien à voir

Avec tout cela.

Cela me réconfortera un peu.

 

Je me rappellerai

Que les fantômes des autres

Ne sont pas les miens

Et que chez ces fantômes

Il n’y a pas que

Des loups féroces

Et des agneaux traqués.

 

Je prendrai la baguette magique remplie d’étoiles,

Cadeau de ma mère à ma fille.

 

Je penserai à ce jour d’hiver, il y a dix-huit mois,

Où je regardais tomber la neige par la fenêtre

D’une chambre, en haut de la Croix Rousse,

Un enfant tout juste né posé sur mon ventre.

 

Je me dirai alors,

Qu’il n’est pas impossible

Que les gens qui n’écrivent ni le lisent

Des pages et des pages d’idées sur l’état du monde

Soient en fait bien plus forts que moi

Pour affronter les loups.

 

Ou que du moins,

Rien n’empêche de le croire.

 

Rien n’empêche de penser,

Aux milliers d’heures

Que les gens continuent

A passer loin des écrans

Et des discours empoisonnés.

 

Les minutes et les heures

Passées à contempler

Le gros ours brun dans son bassin,

Ou bien à compter

Les chapeaux posés sur les transats,

Ou à écouter,

Un vieux chat ronronner,

Et à câliner,

Un enfant endormi,

Ou encore à lire

Une bande dessinée des schtroumpfs.

 

Et l’heure sera venue,

De dire à la peur de partir

Jusqu’au prochain attentat.

 

Je lui demanderai d’aller danser

Au milieu d’un cercle que formeront

Toutes celles et ceux qui savent la regarder,

Bien en face,

Comme le font les bébés,

Devant n’importe quel visage.

 

Et puis j’irai lire

La définition du Kaddish

Dans Wikipedia

Et je verrai

Qu’il se termine

Par une invocation :

Shalom

 

6 août 2016

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