Le sourire des fantômes

Je n’ai pas tout de suite compris ce que j’ai reconnu.

C’était si familier, je n’ai pas tout de suite su

que c’était insolite.

 

Bien sûr, il y avait l’élégance,

le manteau bien trop beau, incongru dans ce cadre,

l’air de prince exilé dans une ville-fantôme.

 

Une ville où fêter un dernier Noël,

en louant sur internet une demeure bourgeoise.

Les hauts plafonds disaient la splendeur d’autrefois.

 

L’élégance du manteau ne serait rien sans la démarche :

celle de celui qui reste quand tout le monde a fui,

celle d’un homme non pressé d’aller se mettre au lit.

 

L’élégance du manteau ne serait rien sans le regard :

j’ai reconnu les yeux d’un homme vraiment libre –

celui qui dévisage le monde fatigué.

 

Le monde est fatigué et ils le sont aussi,

les princes et les anges des villes ensevelies,

les enfants isolés et les amantes meurtries.

 

C’était si familier, comment pouvais-je comprendre,

que celui qui marchait, qui parlait, qui fumait,

n’était déjà qu’une ombre parmi les autres ombres ?

 

« Alors, qu’est-ce que la vérité ? » a demandé à table mon amie,

comme si elle me demandait l’adresse d’un bon coiffeur.

Et en effet, la réponse n’était pas plus compliquée.

 

La vérité, ma belle, c’est qu’un cheveu est moins fragile que la frontière

entre les criminels et les bonnes gens dont nous faisons partie,

et que le diable rit quand on croit le contraire.

 

L’élégance du manteau ne serait rien sans le sourire :

celui des êtres délaissés qui ont grandi

et n’en veulent à personne.

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