Gestes barrière

Il ne fallait pas semer la panique,

il ne fallait pas faire comme si tout était normal –

Dehors les ailes des oiseaux frémissent dans les feuilles.

Il fallait respirer,

il fallait retenir son souffle –

Les dauphins sont revenus dans les ports de Sardaigne.

Il fallait récupérer les enfants avant 16h30,

il fallait s’arrêter pour regarder trois cygnes voler au-dessus de la Saône.

Est-ce qu’on peut aller au parc, est-ce qu’on peut aller au parc?

Il fallait répondre au courrier,

il fallait ignorer les messages énervés.

Au petit matin, je me lève pour lire un peu avant de réveiller les enfants.

Il fallait se laver les mains,

il ne fallait pas faire comme si de rien n’était –

On pourrait mettre un lit sur le balcon.

Il fallait vivre enfermés,

il ne fallait pas enfermer la vie –

Regarde la mésange et la tourterelle sur la branche juste devant la fenêtre!

Il fallait prendre des nouvelles, il fallait en donner,

il fallait tousser dans son coude.

Le soir, on allume une bougie à la fenêtre.

Il fallait penser ici et maintenant,

il fallait prévoir les activités du lendemain.

Et si on allait faire de la trottinette dans le parking ?

Il fallait désinfecter les surfaces,

il fallait rester en contact.

Tu peux pleurer tu sais, ça fait du bien de pleurer.

Il fallait faire attention,

il fallait faire diversion.

Qui veut regarder Tintin et l’étoile mystérieuse avec moi?

Il fallait porter des masques,

il fallait faire des crêpes pour mardi gras.

You’re not alone, you’re not alone, you’re not alone.

Il fallait parler d’autre chose,

il fallait continuer à s’informer.

Il y a des foyers maintenant au Cameroun. Il a parlé à son père qui est là-bas.

Il fallait appeler le pneumologue,

il fallait rassurer les personnes angoissées.

C’est un sonnet écrit pour les 17 ans de son frère.

Il fallait enlever ses chaussures avant de rentrer,

il fallait se donner rendez-vous pour danser ensemble à distance.

La nuit, on rêve qu’on sort et qu’on voit des amis.

Il fallait faire comme si de rien n’était,

il fallait relire les poèmes écrits en temps de guerre.

Me suis remis aux jeux vidéos et je commence Proust.

Il fallait s’habiller le matin comme si on allait sortir,

il fallait se dire qu’on allait tous devenir fous.

Tu n’es pas seul, tu n’es pas seul, tu n’es pas seul.

Il fallait garder le rythme, il fallait se dépêcher,

il fallait rester longtemps sans bouger, debout devant la fenêtre ouverte.

Nous sommes vivants, Milou, ce n’était qu’un rêve, pas la fin du monde!

Il fallait faire des programmes,

il fallait se dire qu’on avait vraiment l’air trop con.

Il fallait se dire que ça ne durerait qu’un temps,

il fallait se dire que ça ne finirait jamais.

Il fallait marcher sur la pointe des pieds,

il fallait trouver du courage.

Il fallait faire avec,

il fallait faire sans.

Il fallait travailler,

il fallait ralentir.

Il fallait regarder les barrières se baisser

et te faire signe de l’autre côté

avant qu’il n’y ait plus rien à dire.

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